Au Parlement, le vélo rassemble au-delà des partis politiques

Les décrets d'application sur la réduction fiscale pour l'employeur et l'indemnité kilométrique vélo pour les salariés sont officiellement publiés.

 

Ces dispositions ont été obtenues de haute lutte par l'action soutenue de parlementaires engagés.

 

Alexis Bachelay, député des Hauts-de-Seine est l'un d'entre eux. Il nous livre sa vision de la place actuelle et à venir du vélo en France.

 

Alexis Bachelay, député des Hauts-de-Seine

 

Arcade Cycles : Qu'est-ce qui est à l'origine de votre engagement en faveur d'une plus grande place du vélo dans les modes de transport de nos concitoyens ?

 

Alexis Bachelay : Ma double expérience en tant que cycliste et élu local ! Sur la pratique du vélo à titre personnel, j'en ai moins souvent l'occasion quoique... Sur les courtes distances, se déplacer à bicyclette est souvent plus performant.


En 2008, j'ai été élu comme conseiller municipal en charge du développement durable et des déplacements à la ville de Colombes (92).


Pendant ce mandat, j'ai travaillé sur des projets d'aménagement, piloté la mise en place de l'Agenda 21 avec un volet vélo assez poussé, contribué au plan de déplacements de la ville, etc.


J'en retire la conviction qu'on peut faire beaucoup de choses au niveau d'une commune. Ce qui prend du temps, ce sont les aménagements.


Au travers de ces actions concrètes, j'ai affiné ma réflexion, consolidé mes connaissances sur les aspects techniques, politiques et financiers et repéré les bonnes pratiques.

 

 A cette occasion, la ville de Colombes a ré-adhéré au Club des villes et territoires cyclables.
J'y ai noué des contacts avec de nombreux élus de toutes sensibilités politiques ; nous avons créé un groupe informel en juin 2012 « le Club des parlementaires pour le vélo » pour structurer notre action parlementaire en lien avec le Club des villes et territoires cyclables.

 

Arcade Cycles : Que pensez-vous des dispositifs IKV et réduction fiscale pour les flottes de vélos ?

 

Alexis Bachelay : Ils viennent couronner l'élan impulsé depuis l'adoption du PAMA en 2014 (Plan d'actions en faveur des mobilités actives). C'est donc une bonne nouvelle et une véritable avancée car l'application de ces dispositions n'était pas acquise il y a encore peu de temps.

Nous nous sommes battus pour que l'indemnité soit portée à 25 centimes d'euros par kilomètre mais nous n'avons jamais demandé à ce que l'indemnité soit plafonnée à 200 € par an. Le plafond est-il suffisamment incitatif ? Faut-il rendre la mesure obligatoire ?

 

Nous continuons à défendre une IKV avec un plafond de défiscalisation plus élevé que 200 euros par an et son extension aux fonctions publiques (État, territoriale...). Ségolène Royal s'est engagée sur ce dernier point en janvier à l'occasion des vœux du Gart, donc nous allons revenir vers elle.


La récente expérimentation menée par l'ADEME autour de l'IKV montre bien que le vélo n'a que des avantages, ne serait-ce qu'en temps de transport. Elle a bien d'autres effets positifs comme sur la santé des salariés, la réduction de l'absentéisme, etc. qui sont autant de bénéfices pour la collectivité et les acteurs économiques.

Alexis Bachelay député des Hauts-de-Seine

 

La deuxième mesure d'incitation fiscale est un sérieux encouragement aux entreprises qui mettent une flotte de vélos

à disposition de leurs salariés ; je pense que cela peut répondre aux besoins d'entreprises éloignées des transports en commun, qui connaissent des difficultés pour le stationnement ou qui souhaitent simplement une meilleure intégration dans leur environnement.


Un tournant important a été franchi, nous avons tendu la perche aux entreprises et aux salariés, à eux de s'en saisir !
La bonne surprise c'est la prise en compte des frais d'équipement, d'assurance et de réalisation de stationnement (abri, etc.). Mais il reste à vérifier et à faciliter l'éligibilité des solutions « clé en main » de fourniture de stations avec vélos, notamment à assistance électrique, comme le proposent certaines sociétés.

 

 

Arcade Cycles : Comment la pratique du vélo peut-elle encore progresser en France ?


Alexis Bachelay : Nous avons encore beaucoup de marge de progression par rapport à d'autres pays où l'IKV est entrée dans la vie quotidienne des entreprises : aux Pays-Bas, le vélo représente 35 à 40% de part modale dans les modes de déplacement, 23% au Danemark, une dizaine d'autres pays sont entre 5 et 20%...

 

En France, nous en sommes à 4%. Mais à Strasbourg, c'est déjà 20% donc c'est possible !


A partir d'une impulsion locale, on peut parvenir à des résultats. Si en plus au niveau national, un cadre favorable est mis en œuvre, c'est atteignable !


Nous espérons qu'avec l'intercommunalité de réels progrès seront obtenus pour favoriser la continuité cyclable no

tamment à l'intérieur des périmètres métropolitains comme dans le Grand Paris.


Nous attendons aussi beaucoup des données de l'Observatoire de l'indemnité kilométrique lancé par le Club des villes et territoires cyclables. Onze entreprises se sont inscrites à ce jour, moins d'un mois après l'ouverture de l'observatoire et de la parution du décret, c'est un bon démarrage !

 

 

 Propos recueillis et rédigés par Catherine Brillet

 

 

 Pour aller plus loin :